Grandville, Daumier, Traviès

Cette œuvre de Daumier à la composition dramatique renvoie aux émeutes sanglantes d’avril 1834.

Grandville, Daumier, Traviès –
« L’Association mensuelle »

Œuvres du Cabinet des estampes, salle d’étude

 

7 février – 10 mai 2015


J. J. Grandville, Honoré Daumier, Charles-Joseph Traviès : ces trois artistes sont étroitement liés à l’âge d’or de la caricature dans la première moitié du XIXe siècle. Ils mirent tout leur talent au service de la liberté d’expression et participèrent aux débats politiques de leur époque par le biais de leurs dessins. On sait que la révolution de juillet 1830 marqua le début d’une période de crise et d’instabilité en France. Sous le règne de Louis-Philippe, divers journaux furent aculés à la ruine par toute une série de procès, amendes et confiscations pour crimes de lèse-majesté ou simplement parce qu’ils avaient publié des articles jugés trop critiques. Dans ce contexte, Charles Philipon, éditeur de l’hebdomadaire La Caricature spécialisé dans les dessins satiriques et les commentaires sur les événements politiques du moment, dut trouver une solution pour sauver son journal. C’est pourquoi il fonda en 1832 l’Association mensuelle pour la liberté de la presse, dont les membres abonnés à La Caricature recevaient tous les mois une estampe inédite disponible nulle part ailleurs. Vingt-quatre planches de ce type furent ainsi publiées entre 1832 et 1834.

Ces lithographies de Grandville, Daumier et Traviès se distinguent par leur haute qualité artistique et leur caractère incisif qui ne recule devant aucun tabou politique ou religieux lorsqu’il s’agit de défendre la liberté d’expression. Cette attitude fut à l’origine d’une tradition toujours vivace parmi les caricaturistes français, revendiquée notamment par l’équipe de Charlie Hebdo. Les événements récents ont douloureusement mis en évidence le fait qu’on peut payer fort cher l’exercice de la satire et la formulation de critiques impitoyables.

 

 

Cette lithographie de Grandville montre Talleyrand devant un autel, élevant vers le ciel une poire (représentation satirique du roi Louis-Philippe) tenant lieu de Saint-Sacrement. À gauche et à droite de l’officiant, on reconnaît Guillaume Guizot, ministre de l’Instruction publique, et Adolphe Thiers, ministre de l’Intérieur. On aperçoit également d’autres hommes politiques qui balancent des encensoirs à la manière des enfants de chœur. Cette estampe tourne en dérision la vénération qui entourait Louis-Philippe, honni pour avoir trahi l’esprit de la révolution de juillet 1830.

 

Louis-Philippe et ses partisans ont fait irruption dans un atelier d’imprimerie. La femme qui se tient près de la presse, contrainte au silence par le roi en personne, porte un bonnet phrygien, ce qui permet de l’identifier comme étant une allégorie de la Liberté. Cette composition de Granville illustre la manière dont la justice royale entendait réduire au silence la presse d’opposition au moyen d’amendes et de peines d’emprisonnement.