L’Europe après la pluie, I
Max Ernst
107cm 149cm
1933
KunsthalleKarlsruhe@ZKM
Chefs-d’œuvre
Un autre monde
On peut promener son regard sur le relief accidenté comme sur une carte géographique. Max Ernst a intitulé le tableau, peint en 1933, L’Europe après la pluie. Pourtant quelque-chose ne va pas dans cette Europe. Par exemple, le contour de la surface bleue rappelle la mer Méditerranée – mais pas tout à fait non plus. La physionomie connue du continent est singulièrement modifiée.
La transformation
La plaque de contreplaqué recouverte de plâtre était à l’origine un accessoire de cinéma : elle servait de mur à une cabane de brigands dans L’Âge d’or, un film surréaliste de Luis Buñuel réalisé en 1930. La composition irrégulière en plâtre stimula apparemment l’imagination de Max Ernst, qui jouait dans ce film, et il fit subir à l’objet une transformation surréaliste.
Des nuages noirs se profilent !
Fin du monde, climat de catastrophe, séisme politique ? Il est peu probable que l’artiste ait anticipé la Seconde Guerre mondiale dans cette œuvre. Mais la situation politique générale semblait suffisamment menaçante après la prise de pouvoir des Nazis en 1933. Max Ernst réagit selon une stratégie surréaliste : il se fie au sens du possible, modifie ce qui existe et joue avec ce qui pourrait être. Il en découle une sorte de vision apocalyptique de l’Europe du futur.
Terre en vue ?
L’artiste s’est peut-être inspiré d’une idée titanesque en vogue chez les scientifiques de l’époque : on proposait d’abaisser considérablement le niveau de la mer Méditerranée afin de gagner des terres en même temps qu’irriguer le Sahara. Avec notre regard actuel, on pourrait aussi voir dans cette œuvre une mise en garde intemporelle contre les changements imprévisibles du monde.